Présentée comme une nouvelle dérive autoritaire, la dissolution d’associations au Burkina Faso interroge en réalité une zone grise rarement explorée comme, celle des financements opaques, des influences extérieures et des agendas dissimulés de certaines ONG. Dans un contexte de recomposition politique, Ouagadougou revendique un droit souvent contesté aux États africains : celui de reprendre la main sur leur espace civique.
À lire certaines grilles d’interprétation, la dissolution d’associations au Burkina Faso relèverait mécaniquement d’une dérive autoritaire. Une lecture rapide, qui élude une question pourtant centrale, celle de la nature du financement et des agendas réels d’une partie du tissu associatif opérant sur le continent et principalement au Burkina Faso. Car derrière l’image homogène d’une « société civile » indépendante, les réalités sont souvent plus contrastées. Plusieurs études et rapports ont au fil des années, mis en lumière des circuits de financement opaques, des relais d’influence discrets et des mécanismes d’ingérence indirecte. Des organisations internationales comme Amnesty International ont elles-mêmes été, à diverses reprises, accusées d’avoir soutenu ou financé des structures locales présentées comme autonomes, mais dont les lignes d’action s’inscrivaient dans des stratégies plus larges. Le phénomène n’est ni marginal ni isolé. D’autres ONG, moins exposées médiatiquement ont également été pointées du doigt pour des pratiques similaires. Derrière certaines initiatives associatives se dessinent parfois des agendas politiques, économiques ou idéologiques qui dépassent largement le cadre affiché de l’action sociale ou humanitaire.
Faut-il, dès lors, considérer toute mesure de régulation comme une atteinte aux libertés ? Ou reconnaître qu’un État peut légitimement chercher à assainir un environnement où coexistent structures engagées de bonne foi et organisations aux objectifs plus ambigus ?
À Ouagadougou, les autorités revendiquent précisément cette logique. Plus de contrôle pour préserver la cohérence nationale, sécuriser les flux financiers et éviter les interférences extérieures dans un contexte déjà fragilisé par l’insécurité. Une démarche contestable pour certains, mais qui s’inscrit dans une volonté assumée de redéfinition de la souveraineté. Dans ce cadre, le Burkina Faso ne fait pas exception. De nombreux États, y compris parmi les démocraties établies, encadrent strictement les activités associatives, notamment lorsqu’elles impliquent des financements étrangers ou des enjeux sensibles liés à la sécurité nationale.
Réduire cette dynamique à une simple « répression » revient ainsi à ignorer une part essentielle du débat de la légitimité des États africains à questionner, eux aussi, les modalités d’action des acteurs non étatiques présents sur leur territoire. Car au fond, une interrogation persiste : la transparence et la redevabilité seraient-elles des exigences acceptables partout… sauf lorsqu’elles sont portées par des États africains en quête d’autonomie ? Car au bout du compte, une souveraineté qui ne s’exerce pas sur son propre territoire n’est qu’un slogan et un état qui ne choisit pas ses partenaires laisse, de fait, d’autres décider à sa place.

