Saturday, 25 April, 2026

ABU AL-BARA AL-SAHRAOUI FACE A IYAD AG GHALY, UNE RIVALITE JIHADISTE AUX OBJECTIFS AMBIGUS


Au Sahel, la rivalité entre Iyad Ag Ghaly et Abu al-Bara al-Sahraoui ne se résume plus à une simple opposition idéologique. Derrière les discours religieux, se dessine une lutte acharnée pour le contrôle des territoires, des ressources et des populations. Une guerre d’influence, où la foi semble parfois céder le pas à des intérêts plus stratégiques.


Et si cette guerre n’était pas celle que l’on croit ? Au cœur du Sahel, deux organisations le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM) et l’Etat Islamique au Sahel (EIS) se disputent un même espace, mais aussi une même légitimité. Pour la première fois, le Niger s’impose comme le théâtre d’une « guerre dans la guerre » entre les deux principales organisations jihadistes du Sahel. Le 2 avril dernier, des combats d’une rare intensité ont opposé le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), dirigé par Iyad Ag Ghaly, à l’État islamique au Sahel (EIS), conduit par Abu al-Bara al-Sahraoui. Les affrontements, survenus près de Pétèl Kolé dans la région de Tillabéri ont été particulièrement violents. L’EIS affirme y avoir neutralisé plusieurs dizaines de combattants adverses.Si ces deux groupes s’opposent depuis 2019, c’est la première fois que leur rivalité se déploie aussi ouvertement sur le territoire nigérien. Une évolution significative. Elle traduit moins une divergence doctrinale qu’une compétition accrue pour le contrôle des espaces stratégiques.

Une expansion territoriale sous couvert idéologique

L’émergence d’une nouvelle zone dite des « trois frontières », reliant le Niger, le Nigeria et le Bénin, redessine les lignes de front. Ce déplacement géographique n’est pas anodin. Il révèle une dynamique d’expansion où chaque groupe cherche à étendre son influence, à capter des ressources et à asseoir son autorité sur des populations vulnérables.

Le Jnim, affilié à Al-Qaïda, tente de consolider son ancrage local. Il privilégie des alliances communautaires et une forme de gouvernance informelle. À l’inverse, l’EIS adopte une posture plus brutale, fondée sur la contrainte et la démonstration de force. Mais cette opposition apparente mérite d’être nuancée. Derrière les discours idéologiques, une réalité plus tangible se dessine à savoir la maîtrise des routes commerciales, le contrôle des flux de carburant, l’exploitation des ressources locales et l’imposition de taxes informelles. Autant d’enjeux qui relèvent davantage d’une logique de prédation que d’un projet religieux cohérent.

Une fracture idéologique instrumentalisée

Les deux organisations s’accusent mutuellement d’hérésie. Le Jnim qualifie l’EIS de groupe déviant. L’EIS, en retour, accuse son rival de compromission. Pourtant, ces anathèmes semblent surtout servir de justification à une lutte de pouvoir. La fracture idéologique apparaît ainsi comme un levier de mobilisation interne et de légitimation externe. Elle permet de fidéliser les combattants, de justifier les violences et de masquer des ambitions plus concrètes telles que la domination d’un territoire, le contrôle de la population et l’imposition d’une autorité. Depuis 2019, les affrontements entre les deux groupes ont causé des milliers de morts. Cette violence extrême interroge. Elle suggère que l’objectif dépasse largement la simple application d’un projet religieux. Il s’agit d’une guerre d’influence, où chaque camp cherche à s’imposer comme acteur incontournable dans un espace marqué par le retrait progressif des forces étrangères et les fragilités étatiques.

Une stratégie de la terreur comme mode de gouvernance

Sur le terrain, les différences de méthode sont réelles mais la finalité converge. Les deux groupes recourent à la violence pour asseoir leur domination. Exécutions sommaires, blocus économiques, attaques ciblées, en faite la terreur devient un instrument de contrôle.

Le Jnim mise sur une approche plus politique, mais n’hésite pas à recourir à la coercition. L’EIS, quant à lui, privilégie des actions spectaculaires pour imposer sa suprématie. Dans les deux cas, les populations civiles restent les premières victimes.

Une rivalité révélatrice des failles sécuritaires

La reprise des affrontements coïncide avec les recompositions sécuritaires dans la région. Le retrait progressif de certaines forces étrangères et la réorganisation des dispositifs militaires ont créé des espaces vacants. Ces zones deviennent des terrains de compétition pour les groupes armés. Dans ce contexte, la rivalité entre Iyad Ag Ghaly et Abu al-Bara al-Sahraoui apparaît moins comme un affrontement idéologique que comme une lutte opportuniste. Une lutte où chaque avancée territoriale, chaque ralliement, chaque démonstration de force vise à renforcer une position dominante.

Au Sahel, cette « guerre dans la guerre » révèle ainsi une réalité plus profonde. Derrière les discours religieux, c’est bien une compétition pour le pouvoir, les ressources et l’influence qui se joue. Une guerre sans merci dont les véritables motivations demeurent, en grande partie, dissimulées.

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