ROMUALD WADAGNI ESQUISSE LE TEMPS DU RAPPROCHEMENT AVEC L’AES
Au jour de son investiture au Bénin ce dimanche 24 mai, le nouveau président béninois, Romuald WADAGNI, a choisi de tendre la main aux États de l’Alliance des États du Sahel dans un geste à forte portée diplomatique. Dans une région encore marquée par les tensions sécuritaires et les crispations politiques, le successeur de Patrice Talon a placé son entrée en fonction sous le signe du dialogue régional, esquissant les contours d’un possible réchauffement entre Cotonou et les capitales sahéliennes.
Sous les ors de la capitale économique béninoise, le cérémonial républicain a rapidement laissé place à un message politique d’une portée régionale considérable. Face aux délégations venues du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Romuald Wadagni a posé les jalons d’une diplomatie tournée vers le dialogue, la coopération et la convergence stratégique face aux défis communs qui ébranlent l’Afrique de l’Ouest. Dans une sous-région fragilisée par l’expansion des groupes armés terroristes, les ruptures institutionnelles et les tensions de voisinage, le président béninois a défendu la nécessité d’une solidarité régionale fondée sur le réalisme et l’intérêt partagé. Son plaidoyer pour une action concertée avec les États de l’AES apparaît comme une inflexion diplomatique majeure après plusieurs mois de relations particulièrement tendues entre Cotonou et Niamey.
La présence remarquée du ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, du chef de la diplomatie burkinabè Karamoko Jean-Marie Traoré ainsi que du Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a donné à cette cérémonie une dimension hautement symbolique. Au-delà du protocole, cette participation traduit une volonté mutuelle de rouvrir les canaux du dialogue et de sortir progressivement de la logique de confrontation qui avait marqué les dernières années. Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023, les relations entre le Bénin et le Niger s’étaient profondément dégradées. Les accusations portées par Niamey contre Cotonou, soupçonné d’abriter des dispositifs militaires étrangers hostiles au Niger, avaient nourri une crise diplomatique durable. La fermeture de la frontière nigéro-béninoise avait alors lourdement affecté les échanges commerciaux et perturbé le transit stratégique du pétrole nigérien vers le port de Cotonou.
Mais à travers les mots soigneusement choisis par Romuald Wadagni, le Bénin semble désormais vouloir tourner la page des incompréhensions et privilégier une approche davantage fondée sur la coopération régionale. En affirmant que l’Afrique peut bâtir sa puissance à travers ses propres choix stratégiques, le nouveau chef de l’État béninois a également adopté un registre discursif proche des aspirations souverainistes défendues par les pays de l’AES. Cette évolution intervient dans un contexte où les impératifs sécuritaires imposent de nouvelles réalités diplomatiques. Si le Bénin demeure relativement moins exposé que les États sahéliens aux violences jihadistes, les régions septentrionales du pays subissent depuis plusieurs années des attaques attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans affilié à Al-Qaïda. Face à cette menace transfrontalière, l’isolement apparaît de moins en moins viable.
L’investiture de Romuald Wadagni pourrait ainsi marquer le début d’un rééquilibrage stratégique dans les relations entre Cotonou et l’AES. Après les années de méfiance et de froideur, le temps semble désormais venu pour une diplomatie de réengagement, portée par la conscience croissante qu’aucun État ouest-africain ne pourra relever seul les défis sécuritaires, économiques et géopolitiques qui redessinent le destin de la région.

