Thursday, 28 May, 2026

GUINEE/ MADINA SOUS EMPRISE CLANDESTINE, LA GUINEE FACE AU POISON SILENCIEUX DU TRAMADOL


Au cœur du grand marché de Madina, les services guinéens spécialisés dans la lutte contre le crime organisé ont porté un coup sévère à un réseau présumé de trafic de substances pharmaceutiques détournées. Plus de 9 200 comprimés de tramadol fortement dosés, associés à plusieurs boîtes de diazépam et à une somme d’argent de 46 millions de francs guinéens a également ont été saisis lors d’une opération qui relance le débat sur la prolifération inquiétante des stupéfiants en Guinée. Derrière cette affaire se dessine une menace plus profonde, celle d’une économie parallèle de la dépendance capable d’alimenter l’insécurité, la délinquance et la fragilisation du tissu social.

Sous les allées surchargées et l’agitation permanente du marché Madina, un autre commerce prospérait loin des circuits pharmaceutiques réglementés. Dans ce haut lieu du négoce populaire guinéen, les Services spéciaux chargés de la lutte contre le crime organisé ont interpellé quatre individus soupçonnés d’alimenter un trafic dangereux de médicaments détournés de leur usage médical. Une opération d’envergure qui met brutalement en lumière l’ampleur d’un phénomène devenu l’un des visages les plus préoccupants de la criminalité contemporaine en Afrique de l’Ouest.

Les autorités ont annoncé la saisie de 9 200 comprimés de tramadol de différentes doses, notamment des concentrations particulièrement élevées de 225 et 250 mg, ainsi que plusieurs boîtes de diazépam. Une somme estimée à 46 millions de francs guinéens a également été retrouvée dans des conteneurs utilisés par les présumés trafiquants. Selon le commissaire principal de police Soropogui Foromo, les nommés Aboubacar Kourouma, Mohamed Kamissoko, Adama Kourouma et Ousmane Chérif ont été arrêtés en flagrant délit le mardi 19 mai. Les enquêteurs rappellent que ces substances, lorsqu’elles échappent au circuit légal de distribution pharmaceutique, deviennent des produits prohibés susceptibles d’alimenter des réseaux criminels structurés. Le danger dépasse largement le simple cadre sanitaire. Le tramadol, opioïde détourné de son usage thérapeutique, est devenu au fil des années une drogue de rue redoutable dans plusieurs pays africains. Sa consommation abusive provoque des états de dépendance sévères, des troubles neurologiques, des comportements violents et une altération profonde du discernement. Dans certaines zones de la sous-région, cette substance est également associée à des réseaux criminels utilisant les psychotropes pour maintenir sous emprise des jeunes désœuvrés ou renforcer l’endurance de groupes impliqués dans des activités illicites.

En Guinée, la multiplication des circuits clandestins de distribution fait désormais craindre une extension du phénomène au-delà des centres urbains. Les experts en sécurité redoutent notamment que ces médicaments détournés ne deviennent un carburant silencieux pour la petite criminalité, les violences urbaines et certaines formes de banditisme organisé. À travers cette saisie spectaculaire, c’est donc une bataille plus vaste qui se joue entre l’État et les économies souterraines qui prospèrent sur la vulnérabilité sociale. Parmi les personnes interpellées, Adama Kourouma a reconnu être impliqué dans la commercialisation d’une partie des produits saisis. Placé en garde à vue, il a déclaré avoir agi pour répondre aux besoins financiers de sa famille. Un aveu qui illustre également la dimension sociale du trafic de médicaments illicites, souvent nourri par la précarité économique et l’absence d’opportunités pour une partie de la jeunesse. Les autorités judiciaires devraient désormais prendre le relais afin de situer les responsabilités et d’identifier les ramifications éventuelles de ce réseau. Mais au-delà des arrestations, cette affaire rappelle l’urgence pour la Guinée de renforcer simultanément le contrôle des circuits pharmaceutiques, la sensibilisation des populations et la lutte contre les trafics transnationaux qui alimentent la circulation des stupéfiants dans la sous-région.

Car derrière les comprimés saisis à Madina, c’est une menace diffuse contre la santé publique, la stabilité sociale et la sécurité nationale qui vient une nouvelle fois de surgir au grand jour.

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