Pendant trois jours, la capitale nigérienne a accueilli le premier Forum de la Confédération des États du Sahel consacré au Désarmement, à la Démobilisation et à la Réinsertion (DDR) des ex-combattants. Derrière cette initiative inédite portée par les États de l’AES se dessine une ambition plus vaste, celle d’opposer à la violence terroriste une réponse enracinée dans la souveraineté, la réconciliation nationale et la reconstruction du lien social. À Niamey, les États sahéliens ont voulu démontrer qu’au-delà de l’action militaire, la paix durable se construit aussi par la réintégration des hommes égarés et la restauration des communautés meurtries.
Dans le tumulte sécuritaire qui secoue le Sahel depuis plus d’une décennie, Niamey a choisi d’ouvrir un autre front. Non pas celui des armes, mais celui de la reconquête humaine. Du 19 au 21 mai 2026, la capitale nigérienne, devenue l’un des centres névralgiques de la Confédération des États du Sahel, a réuni responsables sécuritaires, experts en stabilisation, partenaires internationaux et représentants de la société civile autour d’une conviction désormais partagée au sein de l’AES, aucune victoire durable contre le terrorisme ne peut être obtenue sans offrir une porte de sortie aux combattants prêts à rompre avec la violence. Dans l’enceinte du Centre international de conférences Mahatma Gandhi, les travaux du tout premier forum confédéral sur le Désarmement, la Démobilisation et la Réinsertion ont marqué une étape importante dans la structuration d’une réponse sahélienne concertée face à l’extrémisme violent. En accueillant cette rencontre historique, le Niger a mis en avant une expérience nationale désormais considérée comme l’une des plus abouties de la région en matière de gestion des redditions et de réintégration des ex-combattants.
À l’ouverture des travaux, le Secrétaire général du ministère nigérien de l’Intérieur, le Commissaire général de police Abdourahamane Ayouba, a donné le ton d’une rencontre placée sous le sceau de la souveraineté et de la stabilisation régionale. Devant un auditoire composé de hauts responsables administratifs, de spécialistes des questions sécuritaires et de partenaires techniques internationaux, il a rappelé que les défis auxquels fait face le Sahel imposent désormais des réponses globales mêlant sécurité, prévention et cohésion sociale.
Pour les autorités nigériennes, l’approche DDR constitue aujourd’hui bien davantage qu’un simple mécanisme humanitaire. Elle s’impose progressivement comme un instrument stratégique de lutte contre l’extrémisme violent. Depuis 2018, le Niger a développé un dispositif permettant aux combattants désireux d’abandonner les groupes armés de bénéficier d’un cadre sécurisé favorisant leur retour au sein de leurs communautés d’origine. Cette politique, fondée sur l’encadrement juridique, l’accompagnement psychosocial et la réinsertion professionnelle, aurait déjà permis à plus d’un millier d’ex-combattants de déposer les armes. À travers cette initiative, Niamey entend démontrer qu’une réponse exclusivement militaire ne saurait suffire face à des conflits profondément enracinés dans les fragilités sociales, économiques et identitaires du Sahel. La réhabilitation des anciens insurgés apparaît dès lors comme un levier essentiel pour assécher les viviers de recrutement terroriste et restaurer la confiance entre l’État et les populations périphériques.
Les délégations venues du Mali et du Burkina Faso ont manifesté un vif intérêt pour cette approche nigérienne, désormais appelée à servir de modèle régional au sein de la Confédération de l’AES. Les échanges ont permis d’identifier des mécanismes communs destinés à harmoniser les politiques de reddition, de réinsertion et d’accompagnement des ex-combattants dans l’espace sahélien. La présence du Togo, ainsi que celle de partenaires internationaux tels que le Programme des Nations Unies pour le Développement et l’Unicef a donné à ce forum une dimension régionale et diplomatique particulièrement significative. Les partenaires techniques ont salué les avancées enregistrées par le Niger et réaffirmé leur volonté d’accompagner les États sahéliens dans la consolidation des mécanismes de prévention des conflits et de stabilisation durable. Au fil des discussions, une idée s’est imposée avec force parmi les participants. Les anciens combattants, notamment les plus jeunes, doivent être considérés avant tout comme des victimes de réseaux criminels et idéologiques qui exploitent la vulnérabilité sociale et économique des territoires sahéliens. Leur protection, leur réhabilitation et leur retour à une vie civile stable apparaissent désormais comme des impératifs majeurs pour éviter les cycles de récidive et de radicalisation. Les travaux ont également mis en lumière la nécessité de bâtir une coordination régionale plus étroite entre les États membres de la Confédération. Les participants ont insisté sur l’importance du partage de renseignements, de l’échange de bonnes pratiques et de la mise en place d’outils communs capables de répondre à la dimension transfrontalière des groupes armés.
En marge du forum, l’appel lancé par l’Association des chefs traditionnels du Niger a donné une portée humaine et symbolique particulière à cette rencontre. S’adressant directement aux jeunes enrôlés dans les groupes terroristes, les autorités coutumières ont exhorté ces derniers à abandonner les armes et à renouer avec leurs communautés d’origine. Un message fort qui rappelle combien les structures traditionnelles demeurent des acteurs centraux dans les dynamiques de paix au Sahel.
Au terme des trois jours de travaux, les participants ont adopté les bases d’une feuille de route régionale sur les DDR et la gestion durable des redditions dans l’espace confédéral. Cette orientation stratégique consacre l’émergence progressive d’une doctrine sahélienne de stabilisation où la sécurité ne se limite plus aux opérations militaires, mais englobe également la reconstruction sociale, la justice communautaire et la réintégration des populations fragilisées par des années de conflit.

