Wednesday, 14 October, 2026

SECURITE : FACE AUX MENACES DU SAHEL, LOME MISE SUR LA COOPERATION REGIONALE


Le Togo accueille ce vendredi 11 septembre 2026 une nouvelle réunion ministérielle du dialogue régional sur la sécurité nationale et la protection des réfugiés. Autour de la même table, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo tentent de consolider une réponse commune aux déplacements forcés provoqués par l’instabilité sahélienne. Derrière l’urgence humanitaire se dessine surtout une réalité stratégique désormais difficile à contourner. La sécurité du Sahel et celle du Golfe de Guinée sont devenues deux dimensions d’une même équation régionale.

À mesure que l’insécurité bouleverse les équilibres dans l’AES, ses conséquences descendent vers les côtes. Elles franchissent les frontières avec les populations déplacées, sollicitent davantage les services publics des régions d’accueil et imposent aux gouvernements de concilier deux impératifs qui ne peuvent être opposés durablement, protéger ceux qui fuient et préserver la sécurité des États.

C’est précisément tout l’intérêt du rendez-vous de Lomé

Depuis le 9 septembre, les experts des pays concernés préparent la rencontre ministérielle en examinant l’état de mise en œuvre de la déclaration de Lomé adoptée en 2025. Il ne s’agit donc plus de poser un diagnostic. Les délégations doivent mesurer les avancées, identifier les blocages et surtout déterminer comment traduire les engagements pris il y a un an en mécanismes réellement opérationnels. Le Niger et le Mali participent au processus en qualité d’observateurs. Lomé se retrouve donc au milieu d’une nouvelle géographie sécuritaire

Le choix de la capitale togolaise n’est pas anodin

Le Togo se trouve lui-même au contact direct des nouvelles réalités sécuritaires de l’Afrique de l’Ouest. Sa région des Savanes demeure confrontée à la menace terroriste venue du Sahel et placée sous état d’urgence sécuritaire. Dans le même temps, le pays accueille une importante population ayant fui l’insécurité, principalement en provenance du Burkina Faso. Cette double exposition donne au dialogue de Lomé une portée particulière. Le Togo n’observe pas la crise depuis l’extérieur. Il doit lui-même trouver un équilibre entre vigilance sécuritaire, solidarité envers les populations déplacées et préservation de la cohésion des communautés qui les accueillent. Les chiffres donnent la mesure du défi puis qu’à la fin de 2025, plus de 170 000 réfugiés et demandeurs d’asile étaient enregistrés au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Ghana, la majorité étant originaire du Burkina Faso. Un an auparavant, les quatre pays côtiers comptaient déjà 135 300 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés dans leurs régions septentrionales, soit une progression de 83 % en un an. Ce mouvement transforme progressivement une crise initialement perçue comme sahélienne en un enjeu commun aux deux espaces.

Protéger sans fragiliser

C’est là que la réunion de Lomé prend une dimension éminemment politique car accueillir des dizaines de milliers de personnes ne consiste pas uniquement à ouvrir une frontière mais permet plutôt l’accès à l’éducation, aux soins, aux moyens de subsistance et aux services essentiels, tout en évitant que des territoires déjà économiquement vulnérables ne voient leurs équilibres sociaux se détériorer. Les travaux préparatoires ont ainsi placé au cœur des discussions l’autonomie des réfugiés, leur inclusion dans les systèmes nationaux et les opportunités économiques qui peuvent leur être offertes. Les participants doivent également avancer sur les accords tripartites entre le Burkina Faso, les différents États d’accueil et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. La Déclaration de Lomé de 2025 avait déjà posé plusieurs principes, parmi lesquels le respect du non-refoulement, la simplification des procédures de reconnaissance du statut de réfugié et le renforcement de la coordination entre les États concernés.

Mais le véritable enjeu commence désormais après les déclarations

Car la réponse à la crise ne pourra être durable si chaque pays tente de gérer isolément ce qui est devenu un phénomène transfrontalier. Les mouvements de populations, les réseaux criminels, les échanges économiques et les menaces sécuritaires circulent dans un espace où les frontières administratives ne suffisent plus à cloisonner les crises. Lomé cherche ainsi à maintenir ouvert un espace de discussion entre des pays que les recompositions politiques ouest-africaines auraient pu éloigner. La présence du Burkina Faso aux côtés du Bénin, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Togo est à cet égard significative. Elle rappelle qu’au-delà des appartenances institutionnelles et des divergences diplomatiques apparues ces dernières années, la géographie impose ses propres nécessités. Les pays côtiers ont besoin de leurs voisins sahéliens pour comprendre, anticiper et contenir les effets de l’instabilité au nord

Face à une menace qui descend vers le Golfe de Guinée et à des populations qui cherchent refuge au-delà des frontières, les pays de l’AES et les pays côtiers découvrent qu’ils disposent finalement de moins de choix qu’ils ne le pensaient. Ils peuvent appartenir à des architectures politiques différentes, mais lorsqu’il s’agit de sécurité, de frontières et de stabilité humaine, ils restent condamnés à construire des réponses ensemble.

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