Wednesday, 14 October, 2026

LE JNIM ET L’EIS SE DECHIRENT, LE SAHEL DOIT REPRENDRE SES TERRES


Des affrontements entre le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Sahel (EIS) ont été rapportés le 9 octobre 2026 près de Tessit, à proximité de la frontière burkinabè. Alors que le bilan semble lourd des deux coté, cette nouvelle confrontation rappelle ce que recouvre la rivalité entre les deux organisations terroristes. Derrière les territoires qu’elles se disputent, il y a des populations dont la sécurité ne saurait dépendre de l’issue d’une bataille entre groupes armés.

Sur leurs cartes, ce sont des positions à conquérir. Pour ceux qui y vivent, ce sont des villages, des champs, des pâturages et des chemins qui conduisent au marché. Toute la tragédie des frontières sahéliennes tient dans cet écart entre la terre que les hommes habitent et celle que les organisations terroristes prétendent posséder. Les affrontements rapportés près de Tessit ouvrent un nouvel épisode de la lutte entre le JNIM et l’État islamique au Sahel. Les informations disponibles évoquent de lourdes pertes, sans permettre d’en établir le nombre exact ni de déterminer avec certitude l’issue des combats.  Mais l’incertitude du bilan ne doit pas obscurcir la nature de cette confrontation. Ces organisations ne se disputent pas seulement des positions militaires. Leur emprise territoriale leur permet de peser sur les déplacements, les échanges et les moyens de subsistance. Contrôler un espace, c’est pouvoir contraindre ceux qui le traversent et ceux qui en vivent. La rivalité armée prend alors la forme d’une lutte pour soumettre la vie quotidienne.  C’est pourquoi l’attention ne doit pas se laisser enfermer dans la seule question du vainqueur. À force de commenter les avancées et les reculs des combattants, on risque de reléguer les populations à l’arrière-plan de leur propre histoire. Or la sécurité d’une région ne se résume pas à la couleur d’une position sur une carte. Elle se reconnaît aussi à une route empruntée sans crainte, à un marché accessible, à une école ouverte, à la possibilité de demander secours et d’obtenir justice.

Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’enjeu est de faire de leurs frontières des espaces où la protection publique se prolonge au lieu de s’interrompre. La coordination des efforts militaires, le partage du renseignement et la continuité des services essentiels doivent concourir à cette même exigence. Les groupes armés exploitent les distances et les ruptures. La réponse doit rapprocher les territoires et les hommes. Cette ambition appelle de la constance. Une opération peut desserrer une menace immédiate. Une présence durable doit empêcher qu’elle se reconstitue et entre les deux se joue la confiance des habitants, qui ont besoin de savoir que la protection promise ne disparaîtra pas avec le dernier véhicule d’un convoi.

À se disputer les mêmes territoires, le JNIM et l’État islamique au Sahel pourraient finir par entamer les forces qu’ils emploient à terroriser les populations. Si cet affaiblissement se confirme, il faudra que les armées de l’AES puissent en tirer parti pour reprendre l’initiative et tenir le terrain dans la durée. L’espoir sahélien tient à cette possibilité, que les divisions de la terreur facilitent une reconquête assez solide pour que les villages ne changent plus de maîtres et que leurs habitants retrouvent enfin le droit d’y vivre en paix.

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