Wednesday, 14 October, 2026

TERRITOIRES RECONQUIS, LE BURKINA PRÉPARE DÉSORMAIS LE RETOUR DE L’ÉTAT


Le 14 septembre 2026 à Ouagadougou, le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a appelé l’administration publique à préparer son retour durable dans les zones reconquises. Alors que la proportion du territoire national reconquise est estimée à 74,53 %, le Burkina Faso veut faire suivre les avancées militaires par le rétablissement des services publics et de l’autorité de l’État. Écoles, centres de santé, état civil, justice et administration territoriale devront progressivement reprendre leur place auprès des populations qui regagnent leurs localités.

Reconquérir un territoire ne consiste pas seulement à y planter de nouveau le drapeau national, c’est aussi y ramener l’État, ses agents, ses écoles, ses centres de santé, ses services d’état civil, sa justice et cette présence administrative quotidienne qui permet à une population de retrouver progressivement une vie normale. C’est cette seconde bataille que le Burkina Faso entend désormais engager avec davantage de méthode. Le 14 septembre à Ouagadougou, à l’occasion de la session ordinaire du Conseil national de la modernisation de l’Administration et de la bonne gouvernance, le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a fixé une orientation qui prolonge directement les avancées enregistrées sur le terrain militaire. Les autorités ne veulent pas seulement reconquérir le territoire mais occuper, administrer, servir et reconstruire.

Faire suivre l’État derrière les combattants

Depuis plusieurs années, la violence terroriste a contraint des populations à abandonner leurs villages et provoqué le retrait de services publics dans certaines parties du territoire. À mesure que la situation évolue, une nouvelle question se pose donc aux autorités. Que faire des territoires progressivement sécurisés ? La réponse du gouvernement consiste à empêcher que la reconquête militaire ne débouche sur un vide administratif, car un territoire libéré mais dépourvu d’école, de soins, d’état civil ou d’autorité administrative demeure un territoire fragile. Le Premier ministre a ainsi demandé aux administrations de se préparer à rétablir durablement la présence et l’autorité de l’État dans les espaces reconquis. Cette orientation concerne notamment l’éducation, la santé, la justice, l’action sociale, l’état civil et l’administration territoriale. Evidemment le défi est considérable car il faudra remettre en état des bâtiments, redéployer des fonctionnaires, restaurer les circuits administratifs et garantir des conditions de sécurité suffisantes pour permettre aux agents publics d’exercer durablement leurs missions. Mais c’est précisément à cette étape que la reconquête prend tout son sens.

74,53 % du territoire reconquis

L’ampleur du chemin parcouru apparaît dans les chiffres avancés par les autorités burkinabè. Au 30 juin 2026, le gouvernement évaluait à 74,53 % la proportion du territoire national reconquis, tandis que plus de 150 000 personnes déplacées internes avaient regagné leurs localités depuis la précédente évaluation. Derrière ce pourcentage se joue désormais une bataille autrement plus complexe. Celle de la consolidation. Car reprendre une localité constitue une victoire militaire et y faire revenir durablement les habitants, l’administration et les services essentiels transforme cette victoire en reconquête effective. Le Burkina Faso veut précisément éviter que les espaces repris ne demeurent des territoires simplement sécurisés par les armes. Ils doivent redevenir des lieux où l’on habite, où l’on travaille, où les enfants retournent à l’école et où l’autorité publique exerce pleinement ses missions.

Rendre aux populations une vie normale

Des familles qui regagnent leurs localités ne peuvent durablement reconstruire leur existence sans école pour leurs enfants, sans centre de santé, sans documents d’état civil, sans justice et sans interlocuteur représentant l’État. Le retour des services publics devient ainsi l’un des prolongements naturels du retour des populations.  Parce qu’une armée peut reprendre une position mais la stabilisation, elle, exige davantage de temps. Elle suppose que les populations puissent revenir sans être contraintes de repartir quelques semaines plus tard. Elle nécessite que l’économie locale reprenne, que les marchés fonctionnent, que les enfants retournent à l’école et que l’administration redevienne suffisamment proche pour répondre aux besoins ordinaires.

Le défi de la durée

Le gouvernement burkinabè semble désormais vouloir inscrire cette logique dans sa stratégie administrative pour 2027. Le Premier ministre ne demande donc pas seulement aux administrations de fonctionner mieux dans les grands centres urbains. Il leur demande de se préparer à accompagner les nouvelles réalités territoriales créées par les opérations de reconquête. Cette exigence impose une administration plus mobile, plus réactive et capable de travailler dans des environnements parfois encore fragiles. Car le retour de l’État ne pourra être durable que si ceux qui reviennent pour enseigner, soigner, administrer ou rendre justice peuvent exercer leur mission dans des conditions acceptables.

Les Forces combattantes reconquièrent la terre. Le retour de l’État doit maintenant rendre cette reconquête irréversible. Lorsque l’école rouvre, que le centre de santé soigne, que l’administration fonctionne et que les familles retrouvent durablement leurs villages, le territoire ne change pas seulement de contrôle. Il retrouve pleinement sa place dans la Nation.

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