Le Burkina Faso hausse le ton contre les pratiques qui entravent la libre circulation aux frontières. Le 16 septembre 2026 à Ouagadougou, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, a annoncé l’ouverture de plus de 70 dossiers disciplinaires concernant des agents de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale. Après plusieurs actions de sensibilisation et des sanctions déjà prononcées ces dernières années, Ouagadougou veut désormais faire respecter sur le terrain l’un des principes essentiels de l’espace AES, la libre circulation des personnes et des biens.
Une frontière peut être sécurisée sans devenir une épreuve pour celui qui la traverse et c’est précisément l’équilibre que le Burkina Faso cherche désormais à imposer à ses différents postes de contrôle. Le mercredi 16 septembre dernier à Ouagadougou, à l’occasion de la journée internationale de l’identité, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, a reconnu la persistance de pratiques contraires aux orientations données en matière de libre circulation. Ainsi, il n’est plus question de sensibilisation puisque se sont plus de 70 dossiers disciplinaires concernant des policiers et des gendarmes qui sont actuellement examinés et pourraient déboucher sur des sanctions. Le ministre s’est montré particulièrement ferme. Pour les agents chargés du contrôle des frontières, la libre circulation des personnes et des biens n’est plus présentée comme une simple orientation administrative. Elle constitue une obligation à respecter. Selon le ministre Mahamadou Sana, des sanctions ont déjà été prises en 2024 et 2025 contre des agents impliqués dans des pratiques répréhensibles. Certaines procédures auraient même abouti à des radiations. Des missions de sensibilisation ont également été conduites dans plusieurs postes frontaliers, notamment à Yendéré, Cinkansé, Faramana et Koloko. Et comme la pratique semble avoir une peau dure, les usagers continuent de dénoncer des comportements inappropriés aux frontières.
L’ouverture donc de ces 70 dossiers disciplinaires traduit donc un durcissement de la réponse des autorités. Elle intervient surtout à un moment où le Burkina Faso, le Mali et le Niger cherchent à donner un contenu concret à leur intégration au sein de la Confédération AES.
La libre circulation doit se vivre sur les routes
Le principe est simple, l’AES ne pourra véritablement devenir un espace intégré si ses citoyens continuent de rencontrer, sur les routes et aux frontières, des obstacles injustifiés à leurs déplacements. Dans un environnement confronté au terrorisme, aux trafics transfrontaliers et à différentes formes de criminalité organisée, demander aux forces de sécurité de réduire leur vigilance serait irresponsable. Un contrôle peut être rigoureux sans être abusif. Une frontière peut être surveillée sans devenir un lieu de racket. Et un agent peut accomplir pleinement sa mission de sécurité sans imposer au citoyen des formalités qui ne sont prévues par aucun texte. C’est précisément sur cette distinction que les autorités des trois pays devront garder un œil particulièrement attentif.
Du protocole à la réalité
L’annonce burkinabè intervient dans un contexte particulier. Le 16 septembre 2026 à Ouagadougou, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont également franchi une nouvelle étape dans leur coopération transfrontalière avec l’adoption de nouveaux instruments destinés à renforcer la coordination entre leurs régions frontalières. Sur le papier, l’architecture de l’intégration se construit donc progressivement, mais pour les populations, la réussite de cette politique se mesurera ailleurs. Elle se mesurera au nombre d’heures nécessaires pour franchir une frontière, à la clarté des documents exigés, au comportement des agents, à la disparition des paiements indus et à la possibilité pour un commerçant, un transporteur ou une famille de circuler sans être soumis à une succession de tracasseries.
Une responsabilité qui dépasse le Burkina
L’initiative burkinabè mérite ainsi d’être prolongée à l’échelle confédérale. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger gagneraient à renforcer ensemble les mécanismes permettant aux voyageurs de signaler rapidement les abus, à harmoniser davantage les procédures de contrôle et à s’assurer que les instructions prises au sommet sont effectivement appliquées jusqu’aux postes les plus éloignés. Mahamadou Sana a d’ailleurs annoncé son renforcement pour les personnels déployés aux frontières. L’objectif ne doit pas être de supprimer les contrôles. Il doit être de les rendre plus professionnels, plus cohérents et suffisamment efficaces pour distinguer ce qui relève de la sécurité de ce qui relève de l’abus.
Les suites qui leur seront données permettront de mesurer la détermination réelle des autorités à faire évoluer les pratiques. Car l’AES se construit dans les sommets, les protocoles et les institutions. Mais pour le citoyen, elle se construit aussi sur la route. Et la libre circulation ne deviendra véritablement une réalité que lorsqu’un voyageur pourra franchir une frontière en respectant les règles, sans avoir à négocier un droit que les textes lui reconnaissent déjà.

