L’ADMINISTRATION PUBLIQUE À L’HEURE DE LA RUPTURE AVEC LES ANCIENNES PRATIQUES
La Guinée ouvre un nouveau chantier dans la transformation de son appareil d’État. Depuis le 26 août 2026, le gouvernement travaille à Conakry à la consolidation du cadre juridique régissant l’organisation et le fonctionnement de l’administration publique. Derrière cette réforme se dessine une ambition plus large, celle de faire évoluer une administration encore confrontée aux lourdeurs procédurales vers un service public plus accessible, plus responsable et davantage tourné vers le citoyen.
Réformer un État ne consiste pas seulement à construire des routes, à inaugurer des infrastructures ou à numériser quelques services. Il faut également transformer cette mécanique beaucoup moins visible qui accompagne quotidiennement le citoyen, délivre les documents, applique les décisions publiques et fait vivre les institutions. C’est précisément sur ce terrain que les autorités guinéennes entendent désormais porter une partie de leur transformation. À Conakry, le ministère de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique a engagé un travail qui touche directement à l’architecture de l’appareil administratif. L’atelier lancé sous la conduite du ministre Faya François Bourouno réunit hauts cadres de l’administration, représentants syndicaux, société civile et experts autour de la consolidation du cadre juridique du service public. Cette démarche s’inscrit dans le Programme de réforme de l’État et de modernisation de l’administration publique, le PREMAP. Trois chantiers structurent les travaux. Le premier concerne la relecture du projet de loi portant organisation et fonctionnement de l’administration, le deuxième porte sur l’élaboration d’une Charte du service public et le troisième doit aboutir à une loi consacrée à la simplification des procédures administratives.
Pris séparément, ces textes pourraient apparaître comme une réforme juridique supplémentaire. Ensemble, ils traduisent pourtant une volonté de revoir la manière dont l’administration fonctionne et surtout, la façon dont elle entretient ses rapports avec les citoyens. La future charte du service public occupe à cet égard une place particulière. Elle doit notamment consacrer des principes de continuité, de légalité, d’impartialité, de neutralité, d’accessibilité, de transparence, de célérité, de qualité du service public et de responsabilité. L’objectif affiché est également de mieux définir les droits des usagers et les obligations de l’administration à leur égard.
C’est peut-être là que se situe le véritable enjeu de la réforme.
Pour beaucoup de citoyens africains, l’État se rencontre d’abord derrière un guichet, dans une préfecture, un ministère, une mairie ou un service administratif. La qualité de cette rencontre détermine souvent la perception que l’on se fait de l’institution publique. Simplifier une procédure, réduire les délais, clarifier les responsabilités ou rendre un service accessible n’est donc pas une question secondaire. C’est une manière très concrète de rapprocher l’État de ceux qu’il administre. La Guinée entend également accompagner cette transformation juridique par la technologie. Le 20 août, Faya François Bourouno a présenté au Premier ministre Amadou Oury Bah le portail national e-service et la plateforme d’interopérabilité X-Road. Le premier doit permettre la dématérialisation des services destinés aux citoyens et aux entreprises. Le second vise à faciliter les échanges entre les différents systèmes d’information de l’administration. La réforme touche aussi à la gestion des ressources humaines de l’État. Le gouvernement a engagé l’assainissement du fichier de la fonction publique tandis que l’École nationale d’administration est appelée à renforcer la formation des agents afin d’adapter les compétences aux nouvelles exigences du service public. Le ministère inscrit notamment cette évolution dans les besoins liés au programme Simandou 2040. L’enjeu dépasse ainsi la simple modernisation des outils. Il s’agit de faire évoluer une culture administrative, de mieux répartir les responsabilités, d’améliorer la coordination entre les structures et de placer progressivement l’usager au centre du fonctionnement des services publics.
Mais c’est également ici que commence la partie la plus difficile.
Une administration ne change pas uniquement parce que de nouvelles lois sont adoptées. Les textes peuvent simplifier une procédure sans que les habitudes disparaissent immédiatement. Une plateforme numérique peut raccourcir les distances sans résoudre toutes les lenteurs. Une charte peut proclamer la transparence et la responsabilité sans garantir à elle seule, leur application quotidienne. Le gouvernement guinéen semble d’ailleurs reconnaître l’ampleur du défi. Faya François Bourouno a lui-même présenté la réforme de l’État comme une œuvre de longue haleine exigeant constance, méthode et coordination. Les travaux engagés doivent donc encore franchir l’étape décisive de la mise en œuvre. La réussite de cette transformation se mesurera moins au nombre de textes adoptés qu’à leurs effets dans la vie quotidienne. Elle se vérifiera dans le temps nécessaire pour obtenir un document, dans la qualité de l’accueil réservé à un usager, dans la capacité d’un service à répondre, dans la transparence d’une procédure et dans la possibilité pour un citoyen de comprendre où commence et où s’arrête la responsabilité de chaque administration.
La Guinée a donc ouvert un chantier qui touche aux fondations mêmes de l’État. Après les infrastructures, les grands projets économiques et la transformation numérique, Conakry s’attaque à une matière plus difficile à réformer, celle des habitudes administratives. Les lois pourront en dessiner le cadre et le numérique en accélérer le mouvement. Mais la véritable rupture se produira le jour où, derrière chaque guichet et dans chaque service public, le citoyen pourra effectivement constater que l’administration n’est plus seulement une institution devant laquelle il faut patienter, mais un service construit pour lui répondre.

