À Pékin, le Togo vient de donner une nouvelle portée à sa diplomatie. En rencontrant le président Xi JINPING le 13 octobre dernier, le président du conseil Faure GNASSINGBE a confirmé une volonté que les partenaires traditionnels de l’Afrique doivent désormais prendre au sérieux. Avec ce déplacement en Chine, le Togo entend élargir ses possibilités de choisir ses interlocuteurs et de négocier sa place dans un monde où les centres de puissance se multiplient.
Les deux dirigeants ont annoncé l’élévation des relations bilatérales au rang de « communauté Chine-Togo d’avenir partagé dans la nouvelle ère ». Cette formule succède au partenariat stratégique global établi en 2024 et derrière le vocabulaire diplomatique, parfois éloigné des préoccupations quotidiennes, une question mérite bien une attention particulière. Que peut gagner un pays lorsqu’il se donne davantage de partenaires et, avec eux, davantage de latitude pour décider ? Pour le Togo, cette ouverture est un choix à saluer. Parce qu’un pays qui doit financer ses infrastructures, soutenir son économie et offrir des perspectives à sa jeunesse a intérêt à explorer plusieurs voies. Et multiplier les interlocuteurs permet de comparer les offres, de discuter les conditions et de mieux défendre ses priorités. Encore faut-il savoir ce que l’on cherche et garder la maîtrise de la négociation. C’est aussi sous cet angle qu’il faut lire le rapprochement avec Pékin. Lomé affirme sa capacité à entretenir des relations qui répondent à ses intérêts, sans demander à ses partenaires historiques de lui désigner les coopérations acceptables. Cette liberté devrait aller de soi, re mais reste tout de même difficile à admettre pour ceux qui ont longtemps considéré certaines relations avec l’Afrique comme durablement acquises. L’Europe ferait bien d’entendre ce changement. Son influence ne peut plus reposer sur la seule profondeur des liens historiques, la proximité des administrations ou les habitudes de coopération. Dans un environnement plus ouvert, elle doit convaincre. Par la qualité de ses propositions, le respect de ses engagements et sa capacité à écouter les priorités définies par les pays eux-mêmes. Ce qui lui échappe progressivement, c’est la certitude de demeurer l’interlocuteur incontournable. À mesure que les options se multiplient, les capitales africaines disposent d’une marge de choix plus large. Les préoccupations européennes continuent de compter, mais elles ne sauraient fixer à elles seules l’horizon diplomatique du continent.
Le choix de Lomé mérite donc d’être salué avec cette exigence. Élargir ses partenariats, c’est se donner les moyens de mieux négocier son avenir. L’Europe conserve toute sa place dans cette ambition, à condition d’accepter qu’elle se partage et qu’elle se mérite.

