Sunday, 30 August, 2026

À NIAMEY, L’AES DONNE UNE ASSISE PARLEMENTAIRE À SON PROJET CONFÉDÉRAL


Réunis à Niamey depuis le 24 août 2026, les représentants parlementaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger viennent de franchir une nouvelle étape dans la construction institutionnelle de la Confédération des États du Sahel. Après l’installation de 45 députés confédéraux et l’adoption de leur règlement intérieur, la première session ordinaire ouverte le 26 août s’attaque désormais à des dossiers directement liés à l’intégration des trois États. Coopération policière, partage du renseignement, libre circulation des personnes et des biens ainsi que viabilité des médias confédéraux constituent les premiers chantiers d’une institution appelée à donner une dimension parlementaire au projet politique de l’AES.

L’AES ne veut plus seulement exister dans les sommets de chefs d’État, les réunions ministérielles ou les opérations militaires conjointes. À Niamey, elle tente désormais d’installer une autre pièce de son édifice, celle d’un espace parlementaire commun où les préoccupations du Burkina Faso, du Mali et du Niger doivent progressivement être pensées au-delà des frontières nationales. Depuis le 24 août, la capitale nigérienne accueille ainsi une séquence institutionnelle inédite dans la jeune histoire de la Confédération. Quinze représentants de chacun des trois États, soit 45 députés confédéraux, ont été officiellement installés. La cérémonie a également enregistré la présence de délégations parlementaires du Togo et du Tchad.

L’installation des parlementaires n’a toutefois constitué que la première étape

Dès le 25 août, les députés ont adopté leur règlement intérieur et installé trois commissions permanentes chargées respectivement de la Défense et de la Sécurité, de la Diplomatie et du Développement. Ces structures doivent examiner les projets d’actes et les propositions de résolution qui leur sont soumis, mais également conduire des missions d’information dans leurs domaines de compétence. Le passage à la première session ordinaire, ouverte le 26 août et prévue jusqu’au 29 août, donne désormais à cette architecture un contenu plus concret.

Les premiers dossiers retenus ne sont d’ailleurs pas anodins

La Commission Défense et Sécurité, présidée par Moussa Ag Acharatoumane, travaille sur la coopération policière et le partage de renseignements entre les trois États. Dans un espace confronté depuis plusieurs années à des groupes armés capables de se déplacer d’un territoire à l’autre, la circulation de l’information sécuritaire constitue l’un des enjeux majeurs de toute stratégie commune. La Commission Diplomatie examine pour sa part la libre circulation des personnes et des biens. Cette question touche directement les populations, les commerçants, les transporteurs et les économies nationales. Elle constitue également l’un des véritables tests de l’intégration voulue par Ouagadougou, Bamako et Niamey. Enfin, la Commission Développement s’intéresse au modèle économique des médias de l’AES, notamment à leur financement, leur efficacité et leur viabilité. Le dossier intervient alors que la Confédération développe progressivement ses propres instruments médiatiques et cherche à structurer un espace informationnel commun.

À travers ces trois chantiers se dessine ainsi une évolution plus profonde

Créée le 16 septembre 2023 dans un contexte dominé par l’urgence sécuritaire, l’Alliance des États du Sahel s’est transformée en Confédération le 6 juillet 2024 à Bamako. Depuis, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont progressivement élargi leur coopération au-delà de la défense pour investir les domaines diplomatique, économique, financier, médiatique et désormais parlementaire.

Niamey marque donc un changement d’échelle

L’AES cherche progressivement à passer d’une convergence entre trois gouvernements à la construction d’institutions capables d’inscrire cette coopération dans la durée. Le Parlement confédéral participe à cette ambition en introduisant dans l’architecture commune un espace de délibération et de représentation. Son président, le burkinabè Ousmane Bougouma, est accompagné de deux vice-présidents, le général de corps d’armée Malick Diaw, président du Conseil national de Transition du Mali, et Mamoudou Harouna Djingarey, président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger. La représentation repose sur un principe d’égalité entre les trois membres, avec quinze députés par État. La naissance d’une institution ne garantit pas automatiquement son influence. Le véritable enjeu sera de savoir quelle place les travaux des députés confédéraux occuperont dans les décisions prises à l’échelle de l’AES et dans quelle mesure leurs recommandations pourront produire des changements perceptibles pour les populations. C’est précisément pour cette raison que les premiers thèmes examinés à Niamey seront déterminants. La coopération sécuritaire, la circulation des personnes et des biens ou encore les médias ne relèvent pas uniquement de considérations institutionnelles. Ils touchent au quotidien des citoyens et à la capacité des trois États à transformer leur proximité politique en mécanismes réellement fonctionnels. Les Sessions confédérales devraient désormais se tenir deux fois par an, en février et en août. La rencontre de Niamey pose donc les premières habitudes d’un dispositif appelé, si le projet se consolide, à accompagner durablement la construction politique de la Confédération.

Après avoir rapproché leurs stratégies sécuritaires et diplomatiques, le Burkina Faso, le Mali et le Niger entreprennent désormais de rapprocher leurs espaces de délibération. Niamey ne marque donc pas l’aboutissement du Parlement confédéral, mais le commencement de son véritable examen. Les structures sont installées, les commissions sont au travail et les premiers dossiers sont sur la table. Il reste maintenant à démontrer que cette nouvelle architecture peut franchir la distance qui sépare une institution créée sur le papier d’une institution capable d’améliorer concrètement l’intégration entre trois peuples qui ont choisi de construire une partie de leur avenir ensemble.

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