Le 15 octobre 1987, des balles ont privé l’Afrique d’un homme qui lui parlait debout. 39 ans plus tard, son absence fait encore mal, tant les espérances qu’il portait restent les nôtres. Thomas Sankara demeure cette voix qui nous rappelle qu’aucun peuple ne devrait s’habituer à l’humiliation, ni laisser à d’autres le soin de décider de son avenir. Aujourd’hui, son souvenir nous met face à nos responsabilités. Qu’allons-nous bâtir avec le courage qu’il nous a transmis ?
Il y a, dans le destin de cet homme, quelque chose qui refuse de disparaître. Des jeunes qui ne l’ont jamais connu trouvent dans ses paroles une manière de nommer leurs aspirations, ils y reconnaissent leur désir de dignité, leur impatience devant les injustices et leur volonté de vivre sur une terre où leur avenir aurait toute sa place. Car la blessure reste profonde lorsque les richesses d’un pays ne permettent pas à ses enfants de vivre décemment, lorsqu’un diplôme ouvre sur des années d’attente, lorsque des familles travaillent sans parvenir à se nourrir et lorsque partir devient pour tant de jeunes, la seule perspective à laquelle se raccrocher. À cette résignation, la pensée de Sankara continue d’opposer une exigence de courage et de responsabilité. Au Burkina Faso, l’hommage populaire à Thomas Sankara porte cette aspiration à travers les générations dans le souvenir du capitaine demeure l’espérance d’une patrie qui compte sur ses forces, protège ses ressources et donne à chacun une place dans la construction nationale. Cette mémoire appartient aux familles, aux travailleurs, aux paysans, aux femmes et aux jeunes qui veulent pouvoir vivre dignement de leurs efforts.
Le flambeau de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) éclaire aujourd’hui la voie de la Révolution Progressiste Populaire (RPP). Dans la souveraineté qu’il revendique, la mobilisation populaire qu’il appelle de ses vœux et la volonté affirmée de valoriser les ressources nationales, le capitaine Ibrahim Traoré inscrit son ambition dans les pas de Thomas Sankara. Les deux époques ont leurs réalités et leurs épreuves, leur rapprochement porte néanmoins une même aspiration, rendre au peuple la maîtrise de son destin et placer les capacités du pays au service de son développement. Cette filiation engage. Elle donne à l’hommage une portée qui dépasse le recueillement mais invite à la reprise du flambeau pour faire vivre l’intégrité dans l’exercice du pouvoir, de protéger le bien commun et de traduire l’ambition de souveraineté en progrès partagé. La continuité entre les deux révolutions trouvera sa force dans les vies améliorées, les injustices corrigées et les perspectives ouvertes à la jeunesse. La jeunesse africaine doit savoir qu’elle a toute sa place dans cette vigilance, qu’elle a une œuvre immense à accomplir que ce soit dans les champs, les ateliers, les universités et bien d’autres. Chaque savoir maîtrisé, chaque ressource mieux transformée accroît sa capacité à décider par elle-même. Et ce travail mérite des institutions qui l’accompagnent, des responsables qui lui ouvrent des perspectives et une société qui reconnaît le mérite. On ne peut demander indéfiniment aux jeunes de porter l’avenir en leur refusant les moyens de le préparer. Les écouter, les former et leur faire confiance constituent une responsabilité politique majeure. Revenir à Sankara demande enfin assez de lucidité pour étudier son action, en discuter les choix et en tirer des enseignements. Une pensée demeure féconde lorsqu’elle aide à affronter les difficultés de son temps. Notre époque attend des réponses que cette génération devra inventer avec ses propres connaissances, son expérience et sa liberté. En ce 15 octobre, l’émotion est légitime. Mais elle nous laisse une tâche. Celle de faire de l’admiration une discipline, de l’indignation un engagement et de l’espérance une œuvre patiente. Il reste tant à construire pour que la dignité cesse d’être une promesse et devienne une expérience vécue.
Jeunesse africaine, prends ta part de cet héritage. Donne-lui la force de ton savoir, la droiture de tes choix et la patience de ton travail. Fais-le vivre partout où une injustice recule, où une femme conquiert sa liberté, où une communauté retrouve le pouvoir de décider. Ceux qui ont tué Sankara ont interrompu sa vie. À nous de poursuivre l’œuvre d’émancipation. Que notre hommage laisse derrière lui des écoles, des terres nourricières, des institutions dignes et des citoyens libres.

