Le Pôle pénal économique et financier de Côte d’Ivoire a condamné, le 30 juillet 2026, un avocat du barreau ivoirien à trente-six mois de prison ferme, sans mandat de dépôt, ainsi qu’à une amende de 600 millions de FCFA pour des faits d’escroquerie portant sur 229 millions de FCFA et de blanchiment de capitaux. Son co-prévenu, Barry El Hadj, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme. Cette affaire, née d’une opération d’achat de bétail destinée à la Zakat, met en lumière les conséquences judiciaires de la rupture de confiance dans les transactions commerciales.
La confiance est l’un des fondements de toute relation d’affaires. Lorsqu’elle s’appuie sur la parole d’un professionnel du droit, elle devient souvent un gage de sécurité pour ceux qui s’engagent dans une transaction. C’est précisément cette confiance qui se retrouve au cœur de l’affaire examinée par le Pôle pénal économique et financier de Côte d’Ivoire, où un avocat, poursuivi pour escroquerie et blanchiment de capitaux, a été reconnu coupable à l’issue de plusieurs mois de procédure. Le jugement est tombé jeudi 30 juillet 2026. Le tribunal a condamné Me Diarrassouba à trente-six mois de prison ferme, sans mandat de dépôt, à une amende de 600 millions de FCFA, ainsi qu’au paiement de 250 millions de FCFA à la partie civile. À ces sanctions s’ajoutent les mesures complémentaires prononcées par la juridiction. Son co-prévenu, Barry El Hadj, absent à l’audience, a quant à lui écopé de cinq années d’emprisonnement ferme. Selon les éléments présentés au cours des débats, l’affaire remonte à juin 2023. Un éleveur de Korhogo avait été sollicité pour fournir 500 bœufs et 1000 moutons destinés à une distribution de Zakat dans le nord du pays. Muni d’un bon de commande transmis par l’avocat, le vendeur avait accepté de livrer progressivement les animaux, convaincu que le règlement interviendrait dans les délais annoncés. Face aux inquiétudes du fournisseur concernant le paiement, des assurances lui auraient été données sur la disponibilité des fonds, ce qui l’aurait conduit à poursuivre les livraisons. Ce n’est qu’ultérieurement, selon les débats, que l’éleveur aurait découvert que les sommes annoncées ne lui étaient jamais parvenues, donnant naissance au différend porté devant la justice.

Au cours du procès, le ministère public a soutenu que les prévenus avaient mis en place un mécanisme frauduleux destiné à obtenir la livraison du bétail sans en assurer le règlement effectif. Dans ses réquisitions, le procureur avait estimé que les faits d’escroquerie et de blanchiment de capitaux étaient établis, tout en rappelant que la Zakat, principe de solidarité envers les plus démunis, ne saurait être détournée au profit d’opérations trompeuses. La défense a contesté cette analyse. Me Diarrassouba a soutenu avoir agi en qualité de simple mandataire, affirmant que les modalités de paiement prévoyaient un règlement après la livraison. Son conseil a également fait valoir qu’un mandat lui avait bien été confié et qu’une somme de 70 millions de FCFA avait déjà été versée, contestant ainsi la qualification d’escroquerie. De son côté, la partie civile a maintenu que les éléments du dossier démontraient l’existence d’une manœuvre destinée à obtenir la remise des animaux sans paiement effectif. Elle réclamait une indemnisation de 420 millions de FCFA au titre du préjudice subi.
Au-delà des condamnations prononcées, cette affaire rappelle que les professions investies d’une mission de confiance sont soumises à une exigence particulière de probité. Lorsqu’un litige implique un professionnel du droit, les répercussions dépassent les seules parties au procès et interrogent la confiance accordée aux institutions judiciaires et aux intermédiaires chargés de sécuriser les relations juridiques et commerciales. Le jugement rendu par le Pôle pénal économique et financier s’inscrit dans cette logique de responsabilité, en réaffirmant que la qualité d’un justiciable ou sa profession ne le soustraient pas à l’application de la loi.

