Sunday, 30 August, 2026

LA GUINÉE FERME LA PORTE À L’ECO ET CHOISIT DE GARDER SON FRANC


À quelques mois de l’échéance fixée pour le lancement de l’Eco, la Guinée réaffirme son attachement au franc guinéen. Le président Mamadi Doumbouya considère le maintien de la monnaie nationale comme une composante essentielle de la souveraineté économique du pays, une position rendue publique le 30 juillet 2026 et confirmée par le porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno. Conakry ne ferme pas le débat régional, mais précise qu’à ce stade, l’abandon du franc guinéen n’est pas à l’ordre du jour.

L’Eco devait rapprocher davantage les économies ouest-africaines. À Conakry, il vient plutôt de révéler toute la complexité du chemin qui reste à parcourir avant de parvenir à une véritable union monétaire. Alors que la CEDEAO maintient l’année 2027 dans sa feuille de route, la Guinée choisit pour l’heure de conserver son franc. Une décision qui place face à face deux ambitions légitimes, celle d’une intégration régionale plus poussée et celle d’un État déterminé à préserver la maîtrise de sa politique monétaire.

Le franc guinéen reste la priorité

La position de Conakry a été réaffirmée jeudi 30 juillet 2026. Pour le président Mamadi Doumbouya, la monnaie nationale demeure directement liée à l’exercice de la souveraineté économique. Le porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno, a ainsi indiqué que la République de Guinée entend continuer à décider de son avenir économique à travers le franc guinéen, présenté comme un instrument essentiel de cette souveraineté. Le choix est donc clairement posé. Malgré les avancées du projet de monnaie commune ouest-africaine, Conakry ne prévoit pas, à ce stade, de faire disparaître le franc guinéen au profit de l’Eco.

Une position qui n’écarte pas le dialogue régional

Cette décision intervient dans un contexte particulier. Le 19 juillet 2026, les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO se sont réunis à Freetown, en Sierra Leone, pour leur 69e session ordinaire, parallèlement à un sommet consacré à l’avenir de l’intégration régionale. La Guinée continue ainsi de participer aux discussions communautaires tout en défendant sa propre trajectoire monétaire. Cette position peut paraître paradoxale, mais elle illustre surtout la difficulté du projet Eco. Construire une monnaie commune suppose de rapprocher des économies aux structures, aux priorités et aux politiques monétaires encore très différentes.

Le défi de l’Eco reste entier

Le lancement de l’Eco est envisagé à partir de 2027, après plusieurs reports successifs. La transition doit notamment tenir compte du respect des critères de convergence macroéconomique par les États participants. La position guinéenne rappelle toutefois qu’au-delà des calendriers techniques, l’avenir de la monnaie unique dépendra avant tout des choix souverains des États. Pour plusieurs gouvernements, abandonner une monnaie nationale signifie également transférer une partie des instruments permettant de conduire leur politique économique. Conakry semble avoir choisi de ne pas précipiter cette étape. 

Le refus guinéen d’abandonner immédiatement le franc ne signifie pas nécessairement un rejet de l’intégration ouest-africaine. Il révèle plutôt l’une des principales difficultés auxquelles l’Eco devra répondre avant de devenir une réalité quotidienne. Une monnaie commune ne naît pas uniquement d’un calendrier ou d’une décision prise au sommet. Elle suppose que des États acceptent de partager une part essentielle de leur souveraineté économique. Pour la Guinée de Mamadi Doumbouya, cette frontière n’est, pour l’heure, pas encore prête à être franchie.

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